La Guerre (La Bataille de Marignan) de Clément JANEQUIN


Bataille de Marignan


sommaire



1. présentations

2. texte

3. glossaire

Galloys - Orrez - Ruez - Phiffres - Tabour - Avanturiers - La lance au poing - Haquebutiers - Frisques mignons - Donnez dedans - Alarme - Assaisonne - Clarons - A l'estandart -  Boute selle -  Gens d'armes à cheval -  Bombarde -  Courtaux -  Faulcons -  Compagnon -  Horion -  Gallans -  Escamper -  Toute frelore -  Bigot.

4. édition (attention : en sol)



Présentations

Clément Janequin (1485-1558) serait le plus célèbre chansonnier du XVIème siècle. Ces compositions (plus de 250 chansons, notamment) étaient, paraît-il, chantonnées dans toute l'Europe, voire jusqu'au cœur de l'Amérique centrale... De ses succès, on connaît En amour y a du plaisir, ou Baisez-moy tost, ou Sus approchez ces levres,ou encore Ou mettra l'on ung baiser... Mais quelle fut la vie de Janequin le coquin ?

En fait on n'en sait trop rien ! Des musicologues font l'hypothèse qu'il fut, dans sa jeunesse, au service d'un certain Louis Ronsard (le père de Pierre), avec lequel il aurait* accompagné le roi de France lors de l'expédition que ce dernier entreprit sitôt couronné.

Bataille de Marignan
Vous aurez reconnu la campagne d'Italie que devait clore la bataille de Marignan (Melegnano), bien connue des petits écoliers français : 1515, les 13 et 14 septembre. Deux jours ! Car elle fut longueBayard à Marignan
cette bataille sera l'occasion d'inspiration d'une des plus célèbres chansons de notre musicien, La Guerre, appelée aussi La Bataille, La Bataille de Marignan, La Bataille française, La Bataille des Géants, ou encore La Chanson des Suisses, voire La Défaite des Suisses - chanson "curieusement descriptive" comme disait ce bon LAVIGNAC.


Mais relisons plutôt le regretté Jean-Pierre OUVRARD :

« Si c'est bien pour célébrer la victoire de François 1er sur les Milanais et leurs troupes suisses, à Marignan en septembre 1515, que Janequin écrivit la fameuse Chanson de la Guerre, l'œuvre ne fut publiée à Paris qu'en 1528, dans les Chansons de Maistre Clément Janequin. Ce n'est guère que dans une tablature de luth italienne de 1540 qu'elle apparaît avec le titre, depuis fort répandu, de Bataglia de Maregnano : on la trouve aussi souvent désignée comme Bataille. Janequin n'est pas le premier à utiliser un argument militaire dans la musique vocale : déjà au XIVème siècle de nombreuses caccie italiennes avaient exploité des appels guerriers ou des sonneries de fanfare. Le titre A la bataglia apparaît dans une œuvre instrumentale de H. Isaac. Mais c'est surtout dans une chanson anonyme italienne à 3 voix (Ms. Pixerécourt, Paris, BN, fr.15123) qu'on trouve déjà un usage imitatif des cris de combat, dans la manière du "quodlibet" de la fin du XVème Siècle.

« Écrite dans le ton de fa - beaucoup d'éditions modernes à usage choral la transposent en la maj. -, la chanson de Janequin, à 4 voix dans sa version originale, se présente en deux parties. La prima pars constitue un véritable exorde, au cours duquel le ton impératif se déplace de l'auditeur ("Escoutez tous gentilz galloys"), spectateur du combat, aux acteurs de la bataille qui se prépare ("Bendez soudain, gentils gascons, Nobles, sautez dans les arçons"). Le texte, encore discursif, avec sa versification presque régulière (en octosyllabes à rimes plates) est développé dans un contrepoint qui conjugue la linéarité des imitations et les sonneries d'accords parfaits dans le style d'une fanfare ("Escoutez"). Mais, très vite, cette écriture contrapuntique est animée par une déclamation rapide dans le style des chansons narratives du compositeur ("Et orrez si bien escoutez Des coups rués de tous côtés"). La variété de la déclamation crée des changements de tempo auxquels s'ajoutent les oppositions fréquentes de densité polyphonique et de métrique (binaire/ternaire) pour faire de ces préparatifs au combat un spectacle extrêmement vivant, dans lequel on discerne aussi quelques cris ("Alarme [ ... ] Suyvez la couronne"). La secunda pars est d'une tout autre nature : de discursif, le texte devient tout d'un coup essentiellement onomatopéique. Le contrepoint s'y tisse de bruits divers habilement mélangés. Cette partie de la Guerre, qui a fait son succès, véritable archétype des musiques à programme, tient de la fricassée. Les cris de la bataille ("Tost à l'estandart [ ... ] a mort a mort [ ... ] courage") s'y mêlent au bruit des armes ("von von patipatoc [ ... ] trique trac [ ... ] zin [ ... ] zin") et aux signaux musicaux. Janequin y reprend diverses sonneries de trompettes qui devaient être déjà en usage en 1515 ; ainsi le "Boute selle" du début correspond exactement à celui que M. Mersenne mentionne en 1626 parmi "ces chansons de la trompette, dont on use dans la Milice" (Harmonie universelle V, p. 264). Diverses batteries de tambours françaises (comme "l'entrée de la Marche : Frère le le lan fan") ou suisses ("Port pon port port") s'y ajoutent, contrepointées par les mélodies des trompettes ou des fifres. L'Orchésographie de Th. Arbeau atteste, là aussi, que l'œuvre de Janequin constitue l'un des premiers témoignages écrits des signaux militaires. Mais rythmes, bruits et onomatopées s'articulent de manière à tisser une trame narrative qui rend réellement présent le déroulement du combat, jusqu'à la retraite des Suisses. »
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Dans ses Baliverneries et contes d'Eutrapel (1548), Noël Du Fail écrivit ceci :

Quand la voix et le mot sont par entrelaceures, petites pauses et intervales rompus, joints avec le nerf et la corde de l'instrument, la force de la parole et sa grace y demeurent prins et engluez, sans esperance de les pouvoir separer, pour demeurer un vray ravissement d'esprit, soit à joye, soit à pitié. Comme par exemple, quand lon chantoit la chanson de la guerre faite par Jannequin, devant ce grand Francois, pour la victoire qu'il avoit eue sur les Suisses, il n'y avoit celuy qui ne regardast si son espee tenoit au fourreau, et qui ne se haussast sur les orteils pour se rendre plus bragard et de la riche taille.
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Le 13 octobre 1515, François 1er est déclaré duc de Milan, de Parme et de Plaisance. La paix est concrétisée avec les Habsbourg par le traité de Noyon (août 1516) et celui de Cambrai (11 mars 1517). C'est en 1517 que Luther publiera ses quatre-vingt-quinze thèses contre les indulgences. C'est le début de la Réforme...
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* On peut tout aussi bien - et peut-être plus raisonnablement - émettre l'hypothèse que Janequin n'a pas assisté à l'évènement mais aurait entendu le témoignage d'authentiques spectateurs.

Texte

Escoutez, tous gentilz Galloys,
la victoire du noble roy Francoys.
Et orrez, si bien escoutez,
Des coups ruez de tous costez.
Phiffres soufflez, frappez tabours,
Tournez, virez, faictes vos tours,
Avanturiers, bons compagnons
Ensemble croisez vos bastons,
Bendez soudain, gentils Gascons,
Nobles, sautez dens les arçons,
La lance au poing hardiz et promptz
Comme lyons!
Haquebutiers, faictes vos sons!
Armes bouclez, frisques mignons,
Donnez dedans! Frappez dedans!
Alarme, alarme.
Soyez hardiz, en joye mis.
Chascun s'asaisonne,
La fleur de lys,
Fleur de hault pris
Y est en personne.
Suivez Francoys,
Le roy Francoys,
Suivez la couronne
Sonnez, trompettes et clarons,
Pour resjouyr les compaignons.

François 1er

Fan frere le le fan fan fan feyne
Fa ri ra ri ra
A l'estandart tost avant
Boutez selle gens d'armes à cheval
Frere le le lan fan fan fan feyne
Bruyez, tonnez bombardes et canons
Tonnez gros courtaux et faulcons
Pour secourir les compaignons.
Von pa ti pa toc von von
Ta ri ra ri ra ri ra reyne
Pon, pon, pon, pon,
la la la . . . poin poin
la ri le ron
France courage, courage
Donnez des horions
Chipe, chope, torche, lorgne
Pa ti pa toc tricque, trac zin zin
Tue! à mort; serre
Courage prenez frapez, tuez.
Gentilz gallans, soyez vaillans
Frapez dessus, ruez dessus
Fers émoluz, chiques dessus, alarme, alarme!
Courage prenez après suyvez, frapez, ruez
Ils sont confuz, ils sont perduz
Ils monstrent les talons.
Escampe toute frelore la tintelore
Ilz sont deffaictz
Victoire au noble roy Francoys
Escampe toute frelore bigot.


GLOSSAIRE

Galloys : ni gaulois (qui sont déjà bien loin) ni français, tout simplement de joyeux drilles.

Orrez : vous entendrez. Ce terme est attesté, dans cette forme, chez Villon (Ballade et oraison, Ballade finale) et dans le Roman de la Rose (Comment Narcisus se mira..., Cy est le rommant de la rose... et L'Amant), par exemple.

Ruez : frappés, assénés.

Phiffres : petite flûte traversière à six trous, de perce cylindrique étroite, sans clés, d’une tessiture aiguë de deux octaves (en ré habituellement). Le fifre, attesté dès le Moyen-Âge, est un instrument de musique militaire très répandu début XVIe, souvent soutenu par le tabour. On goûtera l'ironie de l'histoire dans ce passage de l'Encyclopédie Diderot/D'Alembert :
« Le fifre est une espece de flûte qui sert au bruit militaire, & qui rend un son fort aigu : il y en avoit autrefois dans toutes les compagnies d'infanterie ; mais il n'y en a presque plus aujourd'hui que dans les compagnies de Suisses ; ce sont eux qui ont apporté cet instrument en France : il y étoit en usage dès le tems de François I. »
Orthographes variées : on a, par exemple, 'fiffre' chez Marot, dans un texte qui fait immanquablement penser au texte de Janequin, je veux parler de L'epistre du Camp d'Atigny, A ma dicte Dame d'Alençon (1526):

De jour en jour, une campagne verte
Voit on icy de gens toute couverte,
La picque au poing, les tranchantes espées
Ceintes à droit, chausseures decoupées,
Plumes au vent, & haulx fiffres sonner
Sus gros tabours qui font l'aer resonner

Une trentaine d'années plus tard, on trouvera 'fifre' chez Du Bellay (Les Regretz, CXIV; comparer avec le CXVI, on on retrouve une énumération similaire, mais où le tabourin remplace le tabour) :

Ilz se paissent enfans de trompes et canons,
De fifres, de tabours, d'enseignes, gomphanons,
Et de voir leur province aux ennemis en proye.
 

TabourTabour, m. acut.
Est nom general, à cet instrument Circulaire, lequel és deux fonds est bouché et couvert de peau d'asne, en sorte de parchemin tendue par des cordeletes, tout autour, laquelle batue d'un ou deux bastons par le moyen de l'air enclos entre lesdits deux fonds, et d'une cordelete tendue à travers le bas fonds d'iceluy instrument, rend un gros son et esclatant : car et celuy, duquel les tabourineurs accompagnent leur fleute en fait de danserie, et celuy dont l'infanterie est conduite en la guerre, et animée és batailles et assauts, sont appelez Tabours, ou Tambours, selon le mot ou Italien Tamburo, ou Espagnol Atambor. (Car Atabal est de gens de cheval, et pur Morisque, combien que du petit Atabal, qu'en Languedoc on appelle Tymbale, il soit aussi usé en danserie) et en toutes lesdites quatre langues est mot par onomatopoee, Tympanum.
(Nicot, 1606)
Tabour et tabourin : cf. la remarque avant le texte du Du Bellay ci-dessus, s.v. Phiffres.

Avanturiers : occurrences de ce mot, ainsi orthographié, chez Rabelais et Du Bellay, par exemple, où il s'agit bien de militaires. Voilà ce qu'écrivit Lacurne de Sainte-Palaye dans son Glossaire (prospectus de 1756) :
« Fauchet, dans ses Origines, dit que les Aventuriers qui suivirent dans les guerres d'Italie Charles VIII, Louis XII, et François I, prirent depuis le nom de soldats, à cause de la solde qu'ils touchoient. » 

François 1erLa lance au poing :
« Les Suisses se logèrent bien près de nous, si bien qu’il n’y avait qu’un fossé entre deux. Toute la nuit demeurâmes le cul sur la selle et la lance au poing. Nous avons été vingt-huit heures à cheval sans boire ni manger. »
Lettre de François 1er à sa mère, après la bataille de Marignan.

Haquebutiers : on trouve des hacquebutiers [sic] dans le Gargantua (1534). L'haquebute ou hacquebute est une arquebuse de rampart du XVème siècle. Vers 1460, elle est identifiée comme le plus petit calibre de pièce d'artillerie.
L'arquebuse, selon Hanzelet, doit avoir quarante calibres de long, & porter une balle d'une once & sept huitiemes, avec autant de poudre. Le P. Daniel prétend que cette arme commença au plûtôt à être en usage sur la fin du regne de Louis XII. parce que Fabrice Colonne, dans les dialogues de Machiavel sur l'art de la guerre, ouvrage écrit à-peu-près dans le même tems, en parle comme d'une invention toute nouvelle. L'arquebuse, dit-il, qui est un bâton inventé de nouveau, comme vous savez, est bien nécessaire pour le tems qui court. L'auteur de la discipline militaire, attribuée au seigneur de Langis, en parle de même : la harquebuse, dit-il, trouvée de peu d'ans en çà, est très-bonne. Il écrivoit sous le regne de François I. Cette arme avoit beaucoup de rapport à nos mousquetons d'aujourd'hui pour le fût & le canon, mais elle étoit à roüet.
(Encyclopédie Diderot/D'Alembert)

Frisques mignons :  dans l'inscription mise sur la grande porte de Thélème (encore le Gargantua), on peut lire :

Mes familiers serez et peculiers:
Frisques, gualliers, joyeux, plaisans, mignons
En general tous gentilz compaignons.

Donnez dedans : pour un usage contemporain bien différent de cette expression, voyez ce "rondel" de Jean Molinet que Gabriel Coste mis en musique en 1538 et Pierre Certon en 1570 :

Ceste fillette à qui le tetin point,
Qui est si gente et a les yeux si verds,
Ne luy soyez si rude ne divers,
Mais traictez la doulcement et à point.
Despouillez vous et chemise et pourpoint
Et la jectez sur un lict à l'envers,
Ceste fillette à qui le tetin poinct,
Qui est si gente et a les yeux si verds.
Desserrez luy les genoulx bien à point
En devisant de plusieurs mots couvers.
Incontinent que les verrez ouvers,
Donnez dedans et ne l'espargnez point,
Ceste fillette à qui le tetin poinct,
Qui est si gente et a les yeux si verds.

Ne pourrait-on donc voir, dans l'emploi de cette expression, une facétie de Janequin, par laquelle il mêlerait les deux registres de l'amour et de la guerre - mélange semble-t-il par ailleurs assez courant au XVIe siècle ?
                               

soldatAlarme. s. f.
Cri ou autre signal pour faire courir aux armes. Chaude alarme. fausse alarme. sonner l'alarme. donner l'alarme. Il se dit aussi, d'Une emotion causée par les ennemis. L'alarme est au quartier, au camp. les ennemis nous donnent des alarmes à toute heure. Il se dit aussi, de toute sorte d'effroy, & d'espouvante. Il a pris l'alarme bien legerement. vous nous avez donné l'alarme bien chaude, bien des alarmes. En ce sens on dit encore, Une fausse alarme, pour dire, Une vaine crainte, une peur sans sujet.
[Dictionnaire de L'Académie française, 1ère édition (1694) s.v. Alarme (Page 53)]

Assaisonne : amené à un état convenable, approprié aux circonstances, bien réglé.

Clarons : trompette aiguë sans clé ni piston. Ne pas confondre avec le clairon, apparu en France vers 1825, héritier du claron.

A l'estandart : depuis le XVème, il n'existe plus que deux emblèmes militaires : l'étendard pour les gens d'armes à cheval, de très grande dimensions (jusqu'à 6 m de long !), à double queue et le pennon pour les hommes d'armes à pied, plus petit, à une seule queue.
Là aussi, orthographe assez variée (comme pour phiffre) : Marot (1526) écrit estandard ou estandar, Rabelais (1532) estandart...

Boute selle : signal de trompette donnant l'ordre de monter à cheval. Mersenne, dans son Harmonie universelle (1626), donne la figure :
Bouttez selle

Gens d'armes à cheval : depuis 1439, l'armée royale permanente est composée de  "gens d'armes à cheval" et de l'infanterie des francs archers (créée ainsi par Charles VII).
Bombarde de 1562
Bombarde. s.f.
On appeloit ainsi certaines machines de guerre, dont on se servoit autrefois pour lancer de grosses pierres ; & l'on a donné ce nom à quelques-unes des premières pièces d'Artillerie, depuis l'invention de la poudre.
[Dictionnaire de L'Académie française, 4ème édition (1762) s.v. Bombarde (Page 187)].
"Faire bombardes et canons" in Vuatelet de tous mestiers (Versailles, bibliothèque municipale Gouget in-8 164 [anonyme du XVème]), ligne 79 ou 80 selon les éditions.
A l'artillerie fut commis le Grand Escuyer Toucquedillon, en laquelle feurent contées neuf cens quatorze grosses pieces de bronze, en canons, doubles canons, baselicz, serpentines, couleuvrines, bombardes, faulcons, passevolans, spiroles et aultres pièces.
(Rabelais, Gargantua, chap.XXVI)
Rozier
Courtaux, courtaults (ou courtauds ?) : grosses bombardes de siège, i.e. machines de guerre de la famille des canons, mais aussi instruments de musique, de la famille des hautbois.
Voyez, dans Le Rozier des Guerres (qui fut attribué à Louis XI lui-même), cet étonnant extrait du Monologue du Franc-Archer de Bagnolet (qui fut attribué à François Villon), où l'on joue sur le mot courtault :

Et dames de joindre les mains,
Quand ilz virent donner l'assault.
Les ungs se servoyent du courtault
Si dru, si net, si sec que terre.
Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
Eussez ouy sonner trompilles,
Pour faire dancer jeunes filles
Au son du courtault, haultement.
Quand j'y pense, par mon serment!
C'est vaine guerre qu'avec femmes;
J'avoye toujours pitié des dames.
Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
Ilz auroyent le ventre bien dur,
S'il ne passoit oultre...

Par ailleurs, le sens générique de courtault (court) est attesté très tôt, dans des expressions désignant des chevaux courts sur patte, des chiens, etc. (Marot ou Rabelais, par exemple).

Faulcons : à l'époque, on décrivait la taille d'un canon par le poids du boulet qu'il était censé envoyer. Le faucon lançait des boulets d'une livre. Un petit canon, donc, qu'on retrouve chez Rabelais (cf. plus haut s.v. Bombarde).

Compagnon, m.
Est celuy qui a hantise ordinaire et compagnie à un autre, et est terme correlatif à luy mesmes, le Picard dit Compaing, comme l'Italien Compagno, et compagnon par diminutif. Le mesme Picard, dit paignon en diminutif de pain, pour un petit pain : qui fait qu'aucuns estiment compagnon estre dit à cause de la commensalité qui est entre deux qui s'entrefont compagnie. Autres le tirent du Latin, Compaganus, ce qui n'a point de nez, l'Espagnol dit Compannero. De mesme façon on dit absoluëment, tel est mon compagnon en terme indefini, de celuy qui nous fait toute compagnie, et avec adjonction, tel est mon compagnon d'estude, d'armes, de guerre, d'apprentissage, en terme coarcté à certaine maniere de compagnie : on appelle aussi compagnon, un artisan qui n'est encores maistre, ains besongne sous les maistres, qu'on dit autrement Compagnon de mestier.
infanterieCompagnon de guerre, est celuy qui est en une mesme expedition et armée, et sous mesme enseigne avec un autre : Car comme dit a esté, ce mot compagnon est relatif. Commilito. Il est dit sous mesme enseigne, pourtant que on n'appellera pas compagnons de guerre tous ceux d'une armée entre eux : veu que ce mot compagnon demande une partie et conformité de qualitez entre deux, et ne peut bonnement le pieton appeler l'homme d'armes son compagnon de guerre, et beaucoup moins les chefs et capitaines, et si bien aux concions et harengues militaires, tant latines, que françoises, on trouve que les chefs ayent usé de ce mot Commilitones, et mes compagnons, cela ne conclud rien contre la naifveté dudit mot, et cognoit-on assez, que c'est un abbaissement flateur impropriant ledit mot, pour animer les gens de guerre. Compagnon d'armes, Semble qu'il signifie et importe quelque chose plus eminent, et de plus de grandeur que Compagnon de guerre, ce qui est à presumer, par ce qui est recité au 6. chap. du 3. livre d'Amad. où Galaor parlant de Norandel nouvellement fait chevalier fils bastard du Roy Lysvart fait cette requeste audit Lysvart. S'il vous plaist me faire tant de bien de me le donner pour compagnon, j'estimeray le service que je vous desire faire pour tresbien employé. Comment respondit le Roy. Vous voudriez-vous charger d'un garçon, et luy faire du premier coup cet honneur, ne cognoissant encore le ply qu'il doit prendre, mesmes que je ne sçache nul chevalier en la grand Bretaigne qui ne s'estimast bien-heureux d'avoir le bien que vous luy presentez : et peu apres, Pour autant Sire, dit Galaor, que je suis chevalier, et veux prier Norandel de m'ottroyer ce que je luy demanderay, qui est que luy et moy soyons un an entier compagnons, durant lequel ne nous separerons, si mort ou prison n'en est cause, etc. Et ceux qui s'estoient ainsi entredonnez compagnie, appeloient de là en avant l'un l'autre mon compagnon, et comme les chevaliers demeurent par telle maniere compagnons d'armes, ainsi les Roys entre-eux sont freres d'armes, pour laquelle cause ils s'entrappellent freres.
[Nicot, 1606]

Tabour et phiffreHorion. s. m. (l'H s'aspire.)
Coup rudement deschargé sur la teste, ou sur les espaules. Ce mot est vieux & ne se dit plus qu'en raillerie. Il a receu un vilain horion.
[Dictionnaire de L'Académie française, 1ère édition (1694) s.v. Horion (Page 571)]

Gallans : bons compagnons. Souvenez-vous de Villon (1456) :

Ou sont les gracieux galants
Que je suivoie ou temps jadis,
Si bien chantants, si bien parlants,
Si plaisants en faits et en dits?

Escamper. v. n. (l's se prononce)
Se retirer, s'enfuïr en grand'haste. Il craignit d'estre battu, il escampa. Il est bas [i.e. en langue populaire].
[Dictionnaire de L'Académie française, 1ère édition (1694) s.v. Escamper (Page 164)]

Toute frelore = tout est perdu (certains éditeurs de La bataille donne  "tout est ferlore", voire "tout e ferlor" : cf. le verloren de l'allemand, langue des Suisses qui combattent, aux côtés du Duc de Milan, l'armée française). Une traduction allemande actuelle de ce "Toute frelore bigot" [pour bigot, cf. plus loin, s.v. Bigot(t)] donnerait "alles (ist) verloren, bei Gott". Le terme 'frelore' (et non 'ferlore' - qu'il n'y a aucune raison de préférer à 'frelore') est clairement attesté dans ce sens, par exemple, dans Maistre Pathelin (sc.9) publié à la fin du XVe siècle, et encore chez Rabelais (plusieurs occurrences). Au chapitre XVIII du Quart Livre, on lit même "Tout est frelore bigoth", où Rabelais cite peut-être Janequin de dix ans son aîné : le Quart Livre est publié une vingtaine d'années après la Bataille de Marignan - que le bon Rabelais semble connaître comme en témoigneraient les jeux phoniques "nac petitin petetac, ticque, torche, lorne" de la harangue de maistre Janotus de Bragmardo faicte à Gargantua pour recouvrer les cloches, à la fin du chapitre XIX du Gargantua.
ArbeauPar ailleurs, on appelait toute-frelore une bassedance à quatorze quaternions, qui tiennent cinquante six mesures & battements du tabourin [Orchesographie et traicte en forme de dialogue, par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre & practiquer l'honneste exercice des dances. Par Thoinot Arbeau demeurant a Lengres. Chapitre "Autres basses-dances communes et irrégulières". Ouvrage publié en 1589]. La toute-frelore, comme toutes les basses-dances, s'oppose aux danses où l'on saute. C'est une danse lente et calme.
On comprendra aisément alors le contraste saisissant entre l'excitation du combat que l'écriture de Janequin rend si bien et l'idée de soldats entreprenant une danse "terre à terre", à pas lents et glissés, comme rampant pour échapper à un sort plus triste ou par simple abandon de toute force, après deux jours de combat...
Contraste d'autant plus saisissant que le premier terme en est formulé on ne peut plus clairement par le début de l'octosyllabe (Escamper signifie quelque chose comme "déguerpir" et relève de l'excitation de la bataille). Ainsi c'est l'ensemble du dernier octosyllabe de la bataille qui porte haut le comique de contraste, disant : "déguerpis lentement !". Imaginez seulement la scène ! Vous aurez un effet similaire à celui que produirait la narration d'une action très rapide avec un accent caricaturalement suisse...
Enfin on mesurera la cruauté de l'auteur qui utilise les mots de la langue de ceux dont il se moque (suisses germanophones) pour le plaisir d'un jeu de mots à haute condensation sémantique.

Bigot(t) : par dieu ! Terme d’injure depuis le XIIe siècle, le sens péjoratif (dévot) actuel datant du XVe. Ici, c'est bien sûr l'injure : cf. ci-dessus s.v. Toute frelore.

Cette page html connaît une version pdf datée de mai 2005 (10 pages).

ÉDITION
La partition de La Bataille de Marignan de Janequin, que j'ai gravée pour l'ensemble vocal Coeli & Terra et l'association La Chapelle des Flandres, est . Éditée en fa à l'époque de Janequin, cette musique est aujourd'hui couramment remontée d'une tierce et donc publiée en la. Elle est ici en sol.

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   © Bruno Richardot, octobre 2006